Femmes et Startups: Nécessité d’un Pipeline en Afrique

Il y a un problème

La faible représentation des femmes dans l’écosystème tech est bien documentée et incontestée. Les femmes représentent moins de 30% de la main-d’œuvre chez Google, Facebook, Twitter et Apple. Une base de données sur les femmes ingénieures en génie logiciel dans 84 entreprises tech créée et maintenue par Tracy Chou de Pinterest est révélatrice. Selon ces données, les femmes représentent seulement 15% de tous les ingénieurs. Ces statistiques révèlent qu’il y a 8% d’ingénieurs femmes à Yelp, 16% à Pinterest, et 0% à StackExchange (0/23). Selon une étude réalisée par MIT, les VC (capitaux risques) préfèrent les présentations de startups faites par des hommes séduisants (ce n’est pas une blague!), et les entreprises dirigées par des femmes reçoivent seulement 7% de tous les financements des VC.
En Afrique, la disponibilité de données est un problème, mais la situation n’est pas meilleure. Il y a des pionnières telles que Ory Okolloh MwangiJuliana RotichMarieme Jamme et les dames en vedette sur cette liste . Cependant, elles sont l’exception qui confirme la règle. Une étude Gartner a démontré que les femmes occupent seulement 11,2% du leadership tech en Afrique. Une observation de l’environnement suggère qu’il y a moins de 30 femmes ayant les compétences avancées pour développer des applications ou des solutions technologiques de classe mondiale dans la plupart des pays africains. Les startups en Afrique n’ont souvent pas de femmes co-fondatrices, programmeuses, ou conceptrices d’interface ou d’experience utilisateurs (UX/UI). La majeure partie de la représentation des femmes est dans le community management, la vente, le blog et paradoxalement dans le plaidoyer pour l’utilisation du web.

Les femmes sont indispensables

Des études démontrent que les choix des femmes affectent plus de 85% des décisions d’achats et comptent pour $ 4,3 billions du total de $ 5,9 billions des dépenses des consommateurs américains. Cela rend les femmes la plus grande force économique, non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier. Selon des données de l’OCDE , le taux d’activité économique des femmes africaines (qui mesure le pourcentage de personnes qui fournissent l’offre de travail pour la production de biens économiques) occupe le premier rang au monde (y compris les pays de l’OCDE) avec une valeur de 61,9.
Des sociétés telles que Facebook, Google, Apple ou Microsoft sont soit des réseaux sociaux ou soit les utilisent comme éléments fondamentaux de leurs modèles économiques. Il est pratiquement impossible pour une entreprise de prospérer de nos jours sans les médias sociaux. Eh bien, les femmes dominent les médias sociaux. Elles surpassent les hommes dans presque toutes les catégories. 76% de femmes adultes américaines contre 66% d’hommes utilisent Facebook. 30% de femmes contre 26% d’hommes vérifient leurs comptes médias sociaux plusieurs fois par jour. 53% de femmes contre 36% d’hommes sont susceptibles d’accéder aux offres des sociétés à travers les médias sociaux.
En Afrique, les femmes sont parmi les voix les plus dynamiques sur le web. Elles dirigent la conversation et sont à la pointe de l’émergence d’idées révolutionnaires. En plus de Ory Okolloh et Marieme Jamme, il y a d’autres influenceuses notables. Nnenna Nwakanma fait le plaidoyer pour les solutions libres et un Internet à la portée de tous. Rebecca Enonchong, l’une des africaines les plus suivies sur Twitter, a un background solide en tant qu’entrepreneuse tech avec un accent sur l’Afrique.
Les startups sont connues pour avoir un taux d’échec élevé. Le manque d’originalité est souvent cité comme un facteur contribuant à ce résultat. Les startups qui réussissent ne sont pas nécessairement celles qui ont les meilleurs programmeurs, mais plutôt celles avec les idées les plus révolutionnaires. Les femmes peuvent contribuer leur point de vue, leur expérience et leur créativité pour concevoir et fabriquer des produits que les gens voudront vraiment utiliser.
L’inclusion des femmes rend une équipe plus intelligente si l’équipe est prise comme une unité collective. Des études suggèrent que les équipes comprenant des femmes sont plus intelligentes. En fait, plus il y a de femmes dans une équipe, plus cette dernière est performante.
Les startups tech ont souvent du mal à trouver les talents qu’elles cherchent. Selon la Fondation Kauffman, le secteur des TIC est 48% plus susceptible que l’économie dans son ensemble à créer de nouvelles entreprises. Les emplois dans le secteur sont très bien rémunérés. Les développeurs gagnent en moyenne USD $ 89.000 par an et il importe peu où ils se trouvent géographiquement. Les femmes qualifiées peuvent profiter de la convenance et de la flexibilité de travailler à distance ou selon leurs propres horaires.

La construction du pipeline pour les startups en Afrique

Certains affirment que la réparation du pipeline permettrait de résoudre le problème de la faible représentation des femmes dans les TIC. En introduisant les jeunes filles à l’informatique, en leur montrant les possibilités qui existent dans le domaine, en leur apprenant à coder et en leur fournissant des modèles féminins, on réduirait le fossé et atteindrait la parité. Il est certes important de réparer le pipeline, mais c’est plus qu’un problème de pipeline. L’écosystème des startups est plein de sexisme, de harcèlement sexuel, de concurrence malsaine et bien d’autres maux qui dégoutent les femmes. Une étude de Harvard a révélé que plus de la moitié des femmes dans les entreprises tech abandonnent la filière à mi- carrière en raison de la culture de leur environnement de travail. Les événements récents, y compris gamergate et le procès contre Tinder tendent à confirmer que la culture du « brogrammer » est un réel problème.
En Afrique, l’écosystème des startups est encore à ses débuts. Bien que les femmes soient sous-représentées actuellement, il y a un manque général de compétences et de réussite sur le continent par rapport au reste du monde. Au Bénin par exemple, un sondage récent suggère la disponibilité de 15-20 femmes adéquatement formées par rapport à 30-45 programmeurs hommes aussi qualifiés. Il y a donc une possibilité d’agir avant que l’écart ne se creuse davantage.
Ceci commence avec une approche qui se focalise uniquement sur les femmes, en prenant en considération les causes profondes de leur sous-représentation.

  • Établir un environnement propice à l’apprentissage, au partage et à la collaboration.
  • Identifier et sélectionner des jeunes femmes très motivées pour un programme de formation intensive.
  • Aller au-delà de la tendance “apprendre à coder” et se concentrer sur le développement de compétences de pointe pour répondre à la demande de l’industrie et créer un avantage compétitif.
  • Adopter une approche d’apprentissage pour permettre de faire, de bidouiller et de construire tout en apprenant.
  • Offrir des possibilités d’interaction et de collaboration avec les intervenants extérieurs tels que les utilisateurs, des fournisseurs de services divers, les investisseurs et permettre des stages dans des entreprises ou des startups.
  • Fournir des mentors qualifiés et dédiés.

L’approche focalisée uniquement sur les femmes n’est pas nouvelle. Ada Developers Academy basée à Seattle est un programme de formation intensive d’un an pour les femmes qui font une transition vers le développement de logiciels. Le Hackbright Academy à San Francisco offre des bourses aux femmes pour 10 semaines de formation, niveaux débutant à ingénieur de logiciels.
Bien que ce soient de bons programmes, l’approche proposée va au-delà des compétences en programmation. Il faudra construire un pipeline robuste et durable qui fournira non seulement de bonnes programmeuses, mais aussi d’autres compétences pertinentes de haut niveau pour l’écosystème des startups. Les conceptrices d’interface et d’expérience utilisateurs, et les spécialistes Web Marketing / CRM sont aussi importantes pour faire de bons produits. Mettre l’accent sur la culture de l’entreprenariat sera également important pour le succès. Les participantes seront en mesure d’identifier comment leurs valeurs et leurs décisions peuvent faire ou défaire leurs startups.

Grand impact à court terme

Préparer adéquatement un petit nombre de femmes chaque année pour les startups en Afrique peut avoir un effet catalyseur sur l’ensemble de l’écosystème. A la fin de la première année, une cohorte de 25 jeunes femmes fera plus que doubler le nombre de talents actuellement disponibles dans la plupart des pays. En 3 ans, toutes choses considérées, le nombre de femmes peut égaler celui des hommes ayant des compétences similaires. Après cinq ans de formation, les femmes pourraient facilement dépasser les hommes pour ce qui est des programmeurs hautement qualifiés, des spécialistes du design, du marketing et d’autres compétences avancées nécessaires pour bâtir des startups réussies.
Une Afrique où la parité est facilement réalisée dans les équipes de startups, mieux, où les startups exclusivement féminines existent et prospèrent est possible. Je le sais car mon entreprise TEKXL utilise cette approche pour former des équipes mixtes avec des résultats exceptionnels.

Senam Beheton

CEO and Co-Founder at TEKXLL
Senam is a co-founder of TEKXL. With an education in law, political science, international development and instructional technology, Senam has a unique gift for proposing common sense solutions to transform communities, businesses and individuals. A serial entrepreneur, he has founded or invested in over 15 companies/organizations in the past 20 years. Senam believes in simplicity in design and process. His other interests include playing tennis, philanthropy and photography.

About Senam Beheton

Senam is a co-founder of TEKXL. With an education in law, political science, international development and instructional technology, Senam has a unique gift for proposing common sense solutions to transform communities, businesses and individuals. A serial entrepreneur, he has founded or invested in over 15 companies/organizations in the past 20 years. Senam believes in simplicity in design and process. His other interests include playing tennis, philanthropy and photography.